Nicolas SimarikJ’ai perdu mes clésJe suis un artiste ouvert, fuyant les discussions plates. J’aime beaucoup partager la crème anglaise lorsque je parle de la déclaration universelle des droits de l’homme.
A la ville comme à la campagne mon champ d’action est un royaume dans lequel je cherche à ouvrir des portes, le plus de portes possible… c’est souvent un mystère pour chacun de comprendre l’art, on s’en fait toute une affaire et ça me pose problème. J’aime que l’art soit une source et que le public en soit la pompe, plutôt que de serrer la mâchoire dès que retentit le mot "art". Alors qu’il est si simple d’avoir confiance en soi et d’apprécier l’art juste comme on le ressent, comme une bonne mimolette. Chargée d’histoire, cette lourde crémaillère qu’est l’art est difficile à porter, elle se remplit encore et empêche le moindre trou de se faire pour respirer. Alors c’est à la bougie que j’arrive, discrètement, parfois en fumant la pipe, ou en écoutant un bon vieux tube des années quatre vingt ! C’est ensuite avec mes mains et ma parole que je me pose des questions, résous des problèmes. Fidèle à mon poste, j’aligne les mots dont vous êtes les témoins. Ça prend parfois la forme d’un jeu ou d’une dégustation de vin du Jura comme le "Trousseau", et souvent j’utilise des formes connues et reconnues pour les détourner et en faire une sorte de faux double. C’est l’exemple de la déroute, le faux catalogue de la redoute, réalisé en résidence à l’association "entrez sans frapper" à Toulouse (www.laderoute.info). Ont-ils une dent contre moi, certainement pas, mais l’embase de ce roman de vie, ce livre de cœur à ciel ouvert sur une banlieue nous montre les points positifs que notre société parfois néglige. Comme une usine dont la seule valeur est la rentabilité. Sous des airs tantôt humoristiques, tantôt désabusés, certaines personnes ont du mal à me classer, à savoir ce qu’il faut acheter. Moi, je pense qu’il faut chercher les choses, les confier, les donner, se défausser, quitte à les égarer ou à aller faire un tour. L’art doit encocher la personne et ne pas l’enfermer dans l’indifférence. Mon combat est de ne jamais laisser tomber, et de m’engager corps et âme dans cette lutte. C’est pour cela que j’ai plaisir à fabriquer des projets pour changer quelques mentalités. L’idée qu’on se fait de l’art est souvent faussée par des expériences antérieures trop fermées, et je pense qu’il faut forer ces préjugés pour forger une liberté de jugement. C’est en agissant comme cela que je pense gagner quelque chose, je vous laisse deviner quoi ! C’est en s’insérant comme un médicament que l’art peut s’introduire dans le quotidien. J’aimerais croire être un artiste homéopathique qui laisserait ensuite les choses agir d’elles-mêmes. Une sorte d’artiste à louer pour un besoin imminent, afin de manœuvrer dans et pour notre société. Un artiste qui arriverait à passer jusque sous la porte, pour diffuser son message, sans rien oublier, sans rien perdre et sans négliger de refermer la porte avant que le message ne s’échappe.
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